À la fin de Tip Top, l’enquête a identifié Bontemps et Belkacem comme les hommes au cœur de la trahison, mais le film s’arrête avant leur arrestation. Esther est sur leur piste ; l’ultime bascule concerne surtout Sally, qui achève son imitation de sa collègue en giflant Ahmed.
Serge Bozon utilise une enquête de police des polices comme ossature, puis dérègle tous les automatismes du polar. Esther Lafarge et Sally Marinelli cherchent qui a livré un indicateur assassiné au sein d’un commissariat du Nord. Les indices finissent par produire une réponse, mais la mise en scène refuse le confort d’une opération finale où les coupables seraient menottés et le service purifié.
Film
Tip Top (2013)
Réalisation
Serge Bozon
Fin
Les coupables sont connus, les arrestations restent hors champ
Genre
Comédie policière
Spoilers
Cette analyse révèle l’identité des traîtres, explique pourquoi les arrestations ne sont pas montrées et revient sur le geste final de Sally.
Qui a trahi l’indicateur assassiné ?
L’enquête désigne le commissaire Bontemps comme celui qui a trahi l’indicateur avec lequel travaillait la police. La recherche de cette fuite oblige Esther et Sally à inspecter leurs propres collègues, dans un univers où la hiérarchie, les habitudes locales et les liens avec le trafic brouillent la séparation entre enquêteurs et suspects.
Belkacem appartient lui aussi au dispositif criminel que la fin met au jour. Le duo constitue la réponse policière centrale, même si le récit évite la scène démonstrative où chaque indice serait récité devant tous les personnages. À ce stade, Esther sait vers qui avancer et l’arrestation n’est plus qu’une conséquence attendue.
Pourquoi Esther ne les arrête-t-elle pas à l’écran ?
Le film s’interrompt volontairement avant le résultat procédural. Dans le dossier de presse, Serge Bozon explique son goût pour les fins abruptes : une fois les coupables connus et Esther lancée sur leurs traces, filmer les arrestations ne lui paraît plus crucial. La résolution logique existe, mais le spectacle habituel de la résolution est retranché.
Ce choix peut donner l’impression que l’intrigue reste inachevée. Elle l’est en termes d’action, pas d’information. Le spectateur sait suffisamment qui porte la trahison pour anticiper la suite. Le film préfère alors consacrer son dernier mouvement à ce qui a changé entre les deux enquêtrices.
Pourquoi Sally gifle-t-elle Ahmed ?
Sally a longtemps semblé la plus douce, la plus passive et la moins spectaculaire du tandem. Esther impose au contraire une présence sèche, une méthode obsessionnelle et une violence qui surgit jusque dans ses rapports intimes. En giflant Ahmed, Sally adopte un geste qui appartenait jusque-là au registre de sa collègue.
La gifle ne doit pas être célébrée comme une émancipation saine. Elle indique un phénomène d’imitation. L’enquête a rapproché les deux femmes au point que Sally intègre une manière d’agir qui n’était pas la sienne. Le film clôt leur relation sur cette contamination plutôt que sur une déclaration de respect mutuel.
Esther et Sally sont-elles devenues semblables ?
Pas entièrement. Leurs tempéraments, leurs désirs et leurs façons de parler restent différents. Cependant, leur cohabitation fonctionne comme un jeu de miroirs : chacune observe chez l’autre une puissance ou une fragilité qu’elle n’assume pas de la même manière. La transformation de Sally rend visible cette circulation.
L’évolution n’est pas à sens unique. Esther est aussi affectée par la présence de Sally, même si sa raideur la rend moins lisible. Leur tandem n’aboutit donc pas au modèle policier classique où deux méthodes complémentaires trouvent un équilibre stable. Il produit une relation plus dérangeante, faite d’admiration, de rivalité et de gestes empruntés.
Pourquoi l’intrigue policière paraît-elle secondaire ?
L’enquête sert de structure aux rencontres, aux corps et aux rapports de pouvoir. Le meurtre et le trafic restent réels, mais le film s’intéresse autant aux manières de regarder, de parler, de désirer ou de frapper. Le polar devient un cadre où les comportements les plus étranges apparaissent sans être ramenés à une psychologie explicative.
Que signifie cette fin abrupte ?
Le film « se crashe avant d’atterrir », selon l’image employée par le réalisateur : il coupe lorsque la trajectoire est devenue certaine, avant le contact rassurant avec la piste. Cette interruption maintient son énergie sèche et empêche les institutions de se refermer sur un retour à l’ordre. Les coupables seront probablement arrêtés, mais Sally ne redeviendra pas celle qu’elle était avant Esther.
Comment l’enquête conduit-elle à Bontemps et Belkacem ?
Le film ne réserve pas une longue scène finale à la récitation de tous les indices. Il construit plutôt des liens par la répétition de mots, de lieux et de fonctions : le protocole pour recruter, payer ou protéger un indicateur, les rapports entre le commissaire, les référents et le réseau, puis les informations que le nouvel indic permet de faire remonter. Bontemps apparaît comme celui qui a trahi l’indicateur assassiné, tandis que Belkacem appartient au noyau criminel désormais identifié.
Le dossier de presse confirme que, lorsque le récit s’interrompt, les « méchants » sont connus et Esther suit leur trace. L’enquête n’est donc pas résolue au sens procédural — aucune arrestation n’est montrée — mais elle l’est suffisamment au sens narratif pour que la poursuite ne fasse plus mystère. Serge Bozon préfère laisser les connexions se former dans l’esprit du spectateur plutôt que transformer Esther en conférencière chargée d’expliquer rétrospectivement chaque scène.
Pourquoi les mots « protocole » et « équité » reviennent-ils ?
Ces mots administratifs devraient garantir un ordre commun, mais leur répétition révèle au contraire des usages fragmentés. Le protocole change selon qu’il s’agit de recruter un indicateur, de le rémunérer, de le protéger ou d’organiser ses funérailles. Chaque personnage n’en détient qu’une partie, et les fonctions qui semblent clairement séparées finissent par communiquer entre elles. L’enquête avance lorsque les inspectrices rapprochent ces fragments plutôt qu’en suivant une ligne droite.
L’insistance sur l’équité produit le même décalage. Les policiers parlent de règles pendant que leurs comportements privés et professionnels débordent constamment les catégories. Le langage institutionnel ne suffit pas à purifier les actes. En faisant circuler les mêmes mots entre des personnages rarement réunis dans un même plan, le film construit une carte invisible du commissariat et du réseau criminel. La résolution naît de cette circulation plus que d’un indice spectaculaire.
Que signifie le mouvement entre « claques » et « glissements » ?
Dans l’entretien du dossier de presse, le film est décrit comme un équilibre entre ce qui claque et ce qui glisse. Esther incarne d’abord la brutalité frontale : elle commande, frappe et impose son rythme. Sally observe davantage, épie et se déplace par imitation. Au fil de l’enquête, les positions ne s’inversent pas brutalement ; Sally glisse progressivement vers les gestes d’Esther jusqu’à pouvoir, elle aussi, frapper dans sa vie intime.
La gifle donnée à Ahmed achève ce mouvement. Elle ne résout aucun dossier policier, mais fournit au film son point d’arrêt formel. Sally reproduit désormais Esther le jour dans le travail et la nuit dans la relation amoureuse. Le tandem a atteint le terme de son mimétisme. C’est pourquoi la scène d’arrestation peut être supprimée : la trajectoire secrète des deux héroïnes, plus importante pour la mise en scène que le retour à l’ordre, vient de se conclure.
Que signifie la dernière confrontation avec Belkacem ?
Belkacem rappelle à Esther qu’elle peut apprendre une langue sans pour autant devenir semblable à ceux qui la parlent. Cette remarque élargit la question du mimétisme au-delà du duo d’enquêtrices. Les personnages cherchent constamment à réduire une distance — professionnelle, amoureuse, culturelle — mais se heurtent à des différences que l’imitation ne supprime pas. Le film refuse ainsi l’idée qu’observer ou maîtriser un code suffirait à posséder l’expérience de l’autre.
Cette tension explique aussi pourquoi la fin demeure inconfortable. Esther a compris le réseau et Sally a assimilé une part d’Esther, mais aucune de ces ressemblances ne produit une harmonie. Bontemps et Belkacem peuvent être arrêtés plus tard ; le commissariat et les relations privées resteront traversés par la violence, le désir de ressembler et l’impossibilité d’annuler toute différence. Le polar s’arrête avant l’ordre restauré parce que son véritable désordre ne se résout pas avec des menottes.
Le point GTLF
L’énigme n’est pas oubliée : Bontemps et Belkacem sont identifiés et Esther les poursuit. La vraie conclusion est le geste de Sally, preuve que l’enquête a transformé les enquêtrices autant qu’elle a révélé les coupables.
Questions fréquentes sur la fin
Qui a trahi l’indicateur dans Tip Top ?
L’enquête conduit au commissaire Bontemps, lié au dispositif criminel dans lequel Belkacem est également impliqué.
Bontemps et Belkacem sont-ils arrêtés ?
Leur arrestation n’est pas montrée. La fin s’interrompt alors qu’Esther est sur leur piste et que leur culpabilité est établie pour le spectateur.
Pourquoi Sally gifle-t-elle Ahmed ?
Le geste achève le mouvement d’imitation entre les deux enquêtrices : Sally adopte une brutalité associée à Esther.
La fin est-elle volontairement incomplète ?
Oui. Serge Bozon a choisi une coupure abrupte parce que, les coupables connus, l’arrestation ne lui semblait plus être l’élément essentiel à filmer.






