À la fin de Potiche, Suzanne remporte une victoire électorale après avoir perdu la direction de l’usine familiale. Elle termine le film en chantant C’est beau la vie devant ses partisans, tandis que Babin l’écoute à la radio. Le dernier acte prolonge ainsi son émancipation : sa place ne dépend plus seulement de son mari, de l’entreprise ou d’un ancien amour.
Illustration éditoriale originale générée par IA pour GTLF ; elle ne représente pas une scène ni un photogramme de Potiche.
Œuvre
Potiche (2010)
Réalisation
François Ozon
Suzanne
Victoire électorale
Dernière séquence
Chanson de Suzanne
Spoilers
Attention : cet article révèle le dénouement de Potiche, le film de François Ozon sorti en 2010.
Comment se termine Potiche ?
Le dénouement donne à Suzanne Pujol une reconnaissance publique qui dépasse celle qu’elle avait conquise dans l’entreprise. Cette femme que son entourage cantonnait à un rôle décoratif devient capable de défendre sa propre candidature. Son succès électoral ne correspond donc pas au simple retour d’une dirigeante dans son fauteuil : elle a changé de terrain.
La chanson finale accompagne cette victoire. Elle ne remplace pas un dernier retournement caché et ne transforme pas rétrospectivement les événements en rêve. Le dossier de presse situe expressément ce numéro au rassemblement de victoire. C’est la conclusion d’un parcours, avec sa part d’émotion et de spectacle politique.
Pourquoi Suzanne ne garde-t-elle pas la direction de l’usine ?
Le retour de Robert fait apparaître une différence entre réussir à diriger et détenir durablement le pouvoir. Suzanne a fait ses preuves pendant son absence, mais l’entreprise reste prise dans les rapports de force de la famille. Le conseil d’administration se retourne contre elle lorsque Joëlle soutient son père.
La défaite de Suzanne ne signifie pas que son travail aurait échoué. Elle révèle plutôt que la reconnaissance de ses compétences ne suffit pas à la protéger d’une alliance familiale. Il faut distinguer ces deux questions pour comprendre la suite : elle est évincée, mais l’expérience acquise ne disparaît pas avec sa fonction.
Le choix de Joëlle apporte une autre nuance. La fille qui reprochait à sa mère d’être une potiche se montre finalement plus attachée qu’elle aux conventions qu’elle prétendait dépasser. Ozon souligne lui-même ce contraste dans son entretien avec Tribeca. Ce renversement empêche de réduire le film à une opposition simple entre générations, où les jeunes seraient nécessairement les plus libres.
Pourquoi se lance-t-elle dans la politique ?
François Ozon explique avoir ajouté cette dernière partie lors de l’adaptation de la pièce de Barillet et Grédy. Dans l’entretien accordé à Romain Le Vern, il relie la reprise du pouvoir par Robert à la décision de Suzanne de se lancer dans la politique. L’humiliation devient le point de départ d’une nouvelle initiative.
Cette construction change le sens du parcours. Si le récit s’arrêtait à sa réussite dans l’usine, il pourrait se résumer à une femme qui occupe avec talent la place de son mari. Le troisième acte lui permet de chercher une légitimité qui ne soit plus un remplacement provisoire. Elle n’attend plus qu’une absence masculine lui ouvre un poste.
Il ne faut cependant pas transformer ce mouvement en programme politique détaillé. La comédie raconte d’abord la conquête d’une voix et d’une capacité de décision. Les positions sociales et les intérêts contradictoires des personnages restent une source d’ironie. Suzanne ne devient pas soudain un personnage sans contradictions parce qu’elle gagne.
Que signifie la chanson C’est beau la vie ?
Dans le dossier de presse, Ozon explique le choix de cette chanson de Jean Ferrat et la place donnée à la voix naturelle de Catherine Deneuve. Il raconte également avoir improvisé avec Gérard Depardieu le passage où Babin écoute Suzanne à la radio. Ces commentaires de fabrication éclairent deux dimensions de la conclusion : l’affirmation publique de Suzanne et le lien affectif qui subsiste avec Babin.
On peut lire ce moment comme une reprise de possession de sa propre existence. Au début du récit, les autres définissent volontiers sa place. À la fin, sa voix circule au-delà de l’espace familial. Cette lecture du contraste entre effacement et présence publique reste une interprétation du parcours ; elle ne demande pas de supposer une intention secrète dans chaque détail du décor.
La scène conserve aussi une distance comique. Dans son entretien avec CineVue, Ozon rapproche le travail de l’artiste de celui du responsable politique : tous deux cherchent à toucher leur public. La chanson peut donc émouvoir tout en montrant la manière dont une personnalité publique rassemble et séduit. Ces effets ne s’annulent pas.
Suzanne et Babin se remettent-ils ensemble ?
Le fait établi dans cette conclusion est que Babin écoute Suzanne à la radio. Ce rapprochement par la voix autorise une lecture tendre, mais ne suffit pas à annoncer qu’ils forment à nouveau un couple. Reconnaître quelqu’un, être touché par lui et partager sa vie sont trois choses différentes.
Le film ne se réduit donc pas à un choix entre deux hommes. Suzanne peut conserver un passé amoureux et des sentiments sans que ceux-ci deviennent l’unique explication de sa réussite. Son autonomie constitue précisément ce qui rend insuffisante la question de savoir à quel homme elle appartient désormais.
De même, il est préférable de parler de la transformation du rapport avec Robert plutôt que d’inventer un statut juridique du divorce à partir du seul sens général du film. L’inversion des positions et la liberté gagnée sont au cœur de la conclusion ; elles ne dispensent pas de preuves pour une affirmation administrative précise.
Une fin heureuse ou une victoire ironique ?
La victoire est réelle dans l’histoire. Ce qui reste ouvert, c’est l’appréciation que l’on en fait. On peut accueillir avec joie la reconnaissance d’une femme longtemps sous-estimée et rester attentif à la part de représentation qui accompagne son accession à la vie publique.
Cette différence entre résolution et interprétation évite un faux mystère. Le film n’a pas besoin de laisser son résultat électoral incertain pour susciter des lectures diverses. La question devient : quelle liberté Suzanne a-t-elle gagnée et comment l’exerce-t-elle ? La réussite finale ne promet pas que toutes les tensions familiales, sociales et sentimentales se seraient évaporées.
Le titre prend alors un sens rétrospectif. « Potiche » désignait surtout la place que les autres lui assignaient. Le parcours a rendu cette définition intenable. Suzanne n’a pas simplement reçu davantage d’attention : elle a commencé à agir sur les situations et à choisir où porter son énergie.
Ce qu’il faut retenir du dénouement
Suzanne perd une fonction, puis gagne une reconnaissance qui ne se limite plus à l’usine. La chanson célèbre cette avancée tout en conservant l’ironie d’Ozon sur le spectacle public. L’écoute de Babin introduit une note affective sans constituer, à elle seule, la preuve d’une réconciliation conjugale ou amoureuse. La fin heureuse porte d’abord sur la place que Suzanne se donne.
Pour une autre variation sur un personnage qui sort du rôle que son entourage lui assigne, consultez notre explication de la fin du Sauvage.
Sources
Cette explication est établie à partir du dossier de presse, des entretiens du réalisateur et des analyses indiquées ci-dessous. Elle ne constitue pas le compte rendu d’un nouveau visionnage intégral.
- ARTE — fiche et disponibilité officielle
- Dossier de presse original — entretien avec François Ozon (archive PDF)
- Les Grignoux — étude du film
- Tribeca — entretien avec François Ozon, 23 mars 2011
- CineVue — entretien avec François Ozon, 7 octobre 2011
- Réforme — analyse de Sophie Esposito, avril 2021
- Excessif — entretien de Romain Le Vern, 10 novembre 2010 (archive)






