À la fin de La Maison du docteur Edwardes, Constance découvre que Murchison a tué le véritable Edwardes. John, l'amnésique interprété par Gregory Peck, est innocent de ce meurtre. La résolution permet au couple de se retrouver : l'épilogue accompagne Constance et John au début de leur voyage de noces.
Illustration éditoriale originale générée par IA pour GTLF ; elle ne représente pas une scène ni un photogramme de La Maison du docteur Edwardes.
Œuvre
La Maison du docteur Edwardes (1945)
Réalisation
Alfred Hitchcock
John
Innocent du meurtre
Meurtrier
Murchison
Spoilers
Attention, spoilers : cet article révèle le meurtrier et le dénouement de La Maison du docteur Edwardes (Spellbound, 1945).
Qui a réellement tué le docteur Edwardes ?
Le coupable est le docteur Murchison, auquel Edwardes devait succéder à la tête de l'établissement. Constance relève une contradiction : il laisse échapper qu'il connaissait Edwardes, alors que son comportement antérieur reposait sur l'absence de reconnaissance de l'imposteur. Elle reprend les notes du rêve et comprend la responsabilité de Murchison.
Confronté dans son bureau, celui-ci reconnaît le crime. Il menace Constance avec une arme ; elle parvient à sortir. Murchison retourne ensuite l'arme contre lui. Ce dénouement, détaillé dans le catalogue de l'American Film Institute, ferme l'enquête criminelle : le film ne laisse pas l'identité du meurtrier à l'appréciation du spectateur.
Pourquoi John se croit-il coupable ?
L'erreur centrale consiste à prendre un sentiment pour une preuve. John est persuadé d'avoir commis une faute, mais cette conviction ne suffit pas à établir qu'il a tué Edwardes. Le récit rattache sa culpabilité à un accident de son enfance ayant entraîné la mort de son frère.
Il faut donc distinguer deux questions. La première concerne ce qu'il a vécu et oublié ; la seconde concerne l'auteur d'un homicide précis. Retrouver un souvenir permet d'éclairer la première, sans apporter automatiquement la réponse à la seconde. C'est ce décalage qui rend nécessaire le dernier retournement.
Dans sa critique pour Il était une fois le cinéma, Alexander Pradot décrit justement deux enquêtes parallèles, l'une policière, l'autre tournée vers le passé du personnage. Cette distinction aide à comprendre pourquoi une révélation intime n'achève pas encore le film. Le mystère de l'identité et celui du crime se croisent, mais ne sont pas interchangeables.
Pourquoi la scène de ski ne résout-elle pas tout ?
Le retour sur les lieux fait remonter les souvenirs de John. Le spectateur peut alors croire qu'une explication complète a été trouvée et que les deux amoureux sont désormais à l'abri. La découverte d'une balle dans le corps d'Edwardes relance pourtant l'accusation : John est condamné.
Lesley Brill, dans son essai publié par Criterion, analyse cette construction comme une succession de trois fins : une résolution heureuse apparente, son renversement tragique, puis le véritable dénouement. Cette lecture rend la progression très lisible. Hitchcock fait éprouver le soulagement avant de montrer qu'il était prématuré.
On peut y voir une mise à l'épreuve de notre désir d'en finir avec le mystère. Dès qu'une réponse semble cohérente, nous sommes tentés de lui attribuer une portée plus large que ce qu'elle démontre. La dernière partie oblige à séparer la satisfaction émotionnelle de la résolution de l'enquête. Cette idée constitue une interprétation de la construction du récit.
Le rêve signifie-t-il que toute l'histoire est imaginaire ?
Non. Le rêve est un élément inclus dans l'histoire, que les personnages tentent d'interpréter. Le dénouement ne révèle pas que l'ensemble des événements était rêvé. Les décors associés à Salvador Dalí donnent une forme spectaculaire à cet épisode ; ils ne transforment pas pour autant le film entier en illusion.
Une lecture utile consiste à considérer le rêve comme un matériau à examiner plutôt que comme une réponse immédiatement disponible. La même information peut rester incompréhensible tant qu'un détail extérieur ne vient pas la réorganiser. Ici, la contradiction de Murchison donne à Constance une raison de reprendre son raisonnement.
Cette différence compte pour comprendre la fin : une image énigmatique ne prouve rien à elle seule. Il faut encore la relier aux événements. L'explication finale associe donc l'enquête sur les souvenirs à une observation concrète du comportement d'un autre personnage.
Que devient le couple dans la dernière scène ?
Constance et John se retrouvent mariés, en partance pour leur voyage de noces. Le récit amoureux obtient ainsi une conclusion explicite. Leur séparation liée à la condamnation ne constitue pas le dernier mot du film.
Brill souligne la place centrale de Constance : elle ne se contente pas d'attendre qu'une institution établisse la vérité, elle poursuit la recherche après l'effondrement de la première solution. On peut lire l'épilogue comme la récompense romanesque de cette persévérance. C'est une interprétation du rôle du personnage, distincte des faits du dénouement.
La fin reste-t-elle ambiguë ?
Sur l'identité du meurtrier et l'avenir immédiat du couple, la réponse est nette. L'espace de discussion porte surtout sur la représentation de l'amour, du savoir et de la confiance. Une conviction affective peut-elle ouvrir la voie à une découverte ? À quel moment risque-t-elle de fausser un jugement ? Le parcours de Constance donne matière à cette discussion sans modifier la solution criminelle.
Il faut enfin replacer la psychanalyse du film dans son dispositif de fiction. Les raccourcis qui organisent le suspense ne doivent pas être pris comme une description pratique d'un soin. Dans son histoire de la production pour Criterion, Leonard Leff montre combien le scénario s'est construit au croisement du projet psychologique, de la romance et de l'intrigue criminelle. L'explication de la fin porte sur ce récit de cinéma.
Ce qu'il faut retenir du dénouement
Le sentiment de culpabilité de John et la culpabilité criminelle de Murchison appartiennent à deux plans différents. Le retour de la mémoire ne suffit pas à conclure l'enquête. C'est l'observation de Constance, suivie de la confrontation finale, qui permet au récit de réunir vérité policière et résolution amoureuse.
Pour comparer ce récit à un autre suspense où le passé du personnage pèse sur le dénouement, lisez notre explication de la fin de Misery.
Sources
Cette explication s'appuie sur le synopsis institutionnel de l'AFI et les analyses indiquées ci-dessous. Elle ne constitue pas le compte rendu d'un nouveau visionnage intégral.






