Benedetta (2021) : fin expliquée et analyse du film de Paul Verhoeven avec Virginie Efira
Benedetta (2021) : fin expliquée et analyse du film de Paul Verhoeven avec Virginie Efira

Benedetta (2021) : fin expliquée et analyse du film de Paul Verhoeven avec Virginie Efira

Dimanche 21 juin 2026 à 23:40, Arte diffusera en rediffusion tardive Benedetta, le film événement de Paul Verhoeven sorti au cinéma en 2021 avec Virginie Efira dans le rôle-titre. Présenté en compétition au Festival de Cannes de la même année, le film avait fait grand bruit en mêlant biopic historique, romance lesbienne et satire féroce de l’Église catholique. Voici ce qu’il faut savoir avant de (re)voir Benedetta, et ce qu’il faut comprendre de la fin, volontairement ambiguë, qui divise la critique depuis sa sortie.

Le film prend de l’actualité : à peine quelques heures plus tôt dans la même journée, France 2 diffusait Iris et les hommes, comédie douce-amère sur le désir féminin avec Laure Calamy. La programmation conjointe de ces deux films met en regard deux visions du désir féminin au cinéma français, l’une dans la comédie contemporaine, l’autre dans le film d’époque provocateur. On en parle d’ailleurs dans notre analyse d’Iris et les hommes, rediffusé le même jour sur France 2.

L’ESSENTIEL EN 30 SECONDES

  • L’histoire : Au XVIIe siècle, en Toscane ravagée par la peste, une nonne du couvent de Pescia, Benedetta Carlini, affirme recevoir les stigmates du Christ. Elle entretient une relation passionnelle avec une novice, Bartolomea Crivelli, au nez et à la barbe de la mère supérieure Felicita.
  • L’équipe : Paul Verhoeven, réalisateur néerlandais de 82 ans à l’époque du tournage, auteur de Basic Instinct, Total Recall, RoboCop et Elle.
  • Le casting principal : Virginie Efira (Benedetta), Daphné Pataki (Bartolomea), Charlotte Rampling (Felicita), Lambert Wilson (le nonce).
  • La fin : ambiguïté assumée, sainte ou manipulatrice ? Le film ne tranche pas.
  • Le format : 2h11, présenté en compétition officielle au Festival de Cannes 2021.
  • La diffusion : 21 juin 2026 à 23:40 sur Arte, en rediffusion, également disponible en streaming sur Arte.tv.

Pourquoi Benedetta a fait scandale en 2021

Le film a une histoire presque aussi sulfureuse que son sujet. Sélectionné en compétition officielle au Festival de Cannes 2021, en pleine sortie progressive de la pandémie de Covid-19, Benedetta avait tout pour défrayer la chronique. D’abord parce qu’il était signé Paul Verhoeven, cinéaste néerlandais auteur de quelques-uns des polars et films de genre les plus marquants du cinéma contemporain (Basic Instinct, Total Recall, RoboCop, Starship Troopers), toujours prompt à tester les limites du bon goût. Ensuite parce que son sujet ne pouvait que susciter la controverse : une nonne lesbienne et mystique du XVIIe siècle, qui simule peut-être, qui croit peut-être sincèrement, qui manipule peut-être.

La presse catholique traditionnelle, notamment La Croix, avait vivement reproché au film de ridiculiser l’Église. La critique de cinéma, dans son ensemble, a salué un objet formellement audacieux et narrativement maîtrisé, même si certains ont trouvé le film bavard ou explicatif. Le public, lui, a répondu présent en salles : près de 380 000 spectateurs en France, un score très correct pour un film d’auteur exigeant de plus de deux heures, malgré l’absence de sortie en plein Covid qui aurait mécaniquement gonflé le box-office.

💡 Le saviez-vous ?

Benedetta Carlini a réellement existé. Née en 1590 à Vellano, en Toscane, elle entre au couvent des Théatines de Pescia à neuf ans. Sa vie a fait l’objet d’un livre référence de l’historienne américaine Judith C. Brown, Sœur Benedetta, entre sainte et lesbienne (1986), adapté pour la première fois par Verhoeven. Le film prend des libertés importantes avec la chronologie et invente plusieurs scènes clés, dont le climax final, pour des raisons dramatiques assumées par le cinéaste.

Le pitch complet : que se passe-t-il au couvent de Pescia ?

L’action se situe au XVIIe siècle, en Toscane, dans une région ravagée par la peste. Au couvent des Théatines de Pescia vit une communauté de nonnes, dirigée d’une main de fer par la mère supérieure Felicita (Charlotte Rampling), une femme austère qui voit d’un mauvais oeil les prétendus miracles dont se réclame Benedetta Carlini (Virginie Efira).

Le film s’ouvre sur un flashforward : on voit Benedetta adulte, interrogée par un nonce du pape (Lambert Wilson) sur les événements étranges qui se sont produits au couvent. Puis le récit remonte et raconte l’arrivée de Bartolomea Crivelli (Daphné Pataki), une jeune paysanne rescapée d’un père prédateur. Benedetta la prend sous son aile. Très vite, leur relation bascule dans la passion charnelle : scènes d’étreintes dans la cellule de Benedetta, près d’une statuette de la Vierge, sous le regard suspicieux de Felicita.

En parallèle, Benedetta exhibe des stigmates, parle en langues, a des visions du Christ. Est-ce une vraie mystique, une simulatrice, une manipulatrice politique au sein du couvent ? Le film installe un doute permanent, qui est précisément le sujet.

Casting : Virginie Efira au sommet, Rampling inquiétante

Si Benedetta fonctionne autant, c’est en grande partie grâce à son casting. Virginie Efira, déjà césarisée de la meilleure actrice en 2023 pour Revoir Paris, livre ici une performance physique et mentale hors du commun. Le rôle de Benedetta exige qu’elle joue simultanément la foi sincère, le calcul politique, le désir charnel et l’hystérie, et Efira tient cette équation impossible avec une conviction rare. On comprend pourquoi Verhoeven l’a voulue absolument, et pourquoi la critique a souligné cette performance comme l’un des sommets de sa filmographie.

Face à elle, Daphné Pataki (découverte dans La Dernière Vie de Simon) compose une Bartolomea plus jeune, plus fragile, plus dépendante, et dont la relation à Benedetta oscille entre admiration amoureuse et prise de conscience progressive de l’emprise. C’est elle qui, dans la dernière partie du film, fait basculer le récit en révélant leur relation à Felicita.

Charlotte Rampling, en mère supérieure austère et rusée, retrouve un registre de prédilection, celui de l’autorité froide qui dissimule une vulnérabilité inattendue. Lambert Wilson, en nonce pontifical hypocrite, compose un personnage savoureux, à la fois grotesque et dangereux. Les seconds rôles, notamment les nonnes complices ou ennemies de Benedetta, sont tous bien tracés.

Trois thèmes qui traversent le film

Le film de Paul Verhoeven n’est pas qu’un biopic sulfureux. Il articule plusieurs questions de fond qui résonnent avec une force particulière dans le contexte contemporain.

1. Foi sincère ou manipulation ? La question de l’authenticité

C’est le grand sujet du film, et c’est précisément le point sur lequel il ne tranche pas. Benedetta croit-elle sincèrement voir le Christ ? Ses stigmates sont-ils réels ou auto-provoqués ? Ses visions sont-elles mystiques ou schizophréniques ? Le film n’apporte pas de réponse définitive, et c’est ce qui en fait la profondeur. Verhoeven filme Benedetta comme une femme qui a peut-être une foi authentique, peut-être un talent de comédienne, et probablement les deux à la fois. La religion, chez lui, est à la fois une affaire de croyance sincère et une mise en scène politique du pouvoir.

2. Le désir féminin dans un espace de contrainte

Le couvent, chez Verhoeven, n’est pas seulement un lieu de prière : c’est un espace verrouillé où le désir féminin n’a pas le droit d’exister. Benedetta et Bartolomea transgressent cet interdit dans un contexte où toute leur existence est encadrée par la règle, la hiérarchie, le regard des autres soeurs. Les scènes d’amour sont filmées avec un érotisme torride, parfois cru, jamais complaisant. C’est l’un des grands acquis du film que de montrer que le désir existe même (et surtout) là où on l’interdit, et qu’il n’est pas réductible à un simple « péché ».

3. La religion comme instrument de pouvoir

Verhoeven est un moraliste autant qu’un provocateur. Le film montre comment l’Église du XVIIe siècle utilise la religion comme un outil de pouvoir politique : contrôler les corps, discipliner les comportements, punir les déviances, à travers le procès en hérésie, l’enfermement, voire la menace du bûcher. Le nonce interprété par Lambert Wilson est l’incarnation de cette institution prête à tout pour préserver son autorité, fût-ce au prix de la vérité historique sur Benedetta. C’est cette satire féroce qui a valu au film les critiques de la presse catholique.

🎯 La scène-clé à ne pas manquer

Le moment le plus saisissant du film est probablement la séquence où Benedetta, dans un moment de crise mystique, brandit une statuette de la Vierge Marie transformée en sex-toy face aux nonnes médusées. La scène est volontairement grotesque, à la limite du mauvais goût, mais elle dit tout du film : chez Verhoeven, le sacré et le profane sont indissociables, et c’est précisément cette indissociation qui dérange l’institution ecclésiale. C’est du cinéma qui dérange, et c’est précisément pour ça qu’il est mémorable.

La fin expliquée : ce qu’il faut comprendre du dénouement

Attention, la suite spoile largement le dénouement.

La dernière demi-heure du film prend un tour unexpected, à la fois spectaculaire et thématiquement cohérent. Après la dénonciation de leur relation par Bartolomea, Benedetta est jugée par l’Église. Le procès s’ouvre, mené par le nonce interprété par Lambert Wilson, dans une atmosphère mi-médiévale mi-baroque. La question posée est simple : Benedetta est-elle une sainte abusée par le démon, ou une simulatrice qui a manipulé toute sa communauté ?

Le climax du film est, selon les mots mêmes de Verhoeven, « inventé de toutes pièces » pour des raisons dramatiques. Il s’agit d’une scène de confrontation collective dans la chapelle du couvent, où Benedetta refuse de se soumettre au verdict de l’Église et affirme sa propre version des faits avec une intensité presque christique. C’est un grand moment de cinéma, à la fois visuellement flamboyant et thématiquement radical.

Le plan final montre Benedetta plus tard, dans un cachot du couvent, sous le regard lointain de Bartolomea. Un carton de fin indique qu’elle a vécu cloîtrée pendant 35 ans au couvent, jusqu’à sa mort, sans que personne n’ait le droit de lui parler à part ses gardiennes, et qu’elle était plusieurs fois par semaine réduite au pain et à l’eau. Ce sort, plus dur encore que la mort sur le bûcher, est une manière pour Verhoeven de montrer que l’Église a préféré l’enfermement à long terme au martyre spectaculaire, par pragmatisme politique.

❓ La vraie question que pose la fin

Benedetta est-elle sortie victorieuse ou vaincue de cet affrontement ? Le film ne donne pas de réponse claire. La Benedetta de Verhoeven est peut-être sincère dans sa foi ET manipulatrice dans sa stratégie. Elle a peut-être inventé ses visions ET cru en elles au moment où elle les vivait. C’est précisément cette ambiguïté qui fait de Benedetta un film qui dérange, et qui mérite qu’on en débatte longtemps après la diffusion.

Le film vu par la critique vs le public

À sa sortie en 2021, Benedetta a reçu un accueil critique majoritairement positif, mais avec quelques réserves, et un accueil public plus tiède que la performance de Virginie Efira ne le laissait espérer. Voici les grandes lignes :

Source Note / Verdict Points forts Réserves
Allociné spectateurs 3,4/5 (3 200 notes) La performance d’Efira, l’audace, la photo Longueur, certains choqués par les scènes
Allociné presse 3,4/5 (32 critiques) Verhoeven retrouve sa patte baroque Film parfois bavard, climax outrancier
Trois Couleurs Positif « Un biopic outrancier et jubilatoire » Le film n’évite pas toujours le piège de l’iconoclaste
Telerama Positif « Kitsch et somptueux », Efira magistrale Quelques facilités
Box-office France 380 000 entrées Bon score pour un biopic exigeant de 2h11 Contexte post-Covid favorable mais inégal

Faut-il regarder Benedetta sur Arte ?

Si vous aimez le cinéma de Paul Verhoeven et que vous n’avez pas vu Benedetta depuis sa sortie en 2021, oui, c’est le moment de le (re)voir. Le film n’a rien perdu de son impact. Sur Arte ce dimanche soir tard, à 23:40, c’est aussi une bonne occasion de voir un film exigeant sur grand écran, dans des conditions optimales de concentration.

Si vous découvrez Verhoeven avec ce film, attention : c’est une oeuvre de la fin de carrière d’un cinéaste à la filmographie inégale. Benedetta est sans doute l’un de ses meilleurs films post-2000, avec Elle (2015), mais il n’est pas forcément le plus accessible. Les scènes de sexe sont explicites, le sujet peut déranger, le rythme est parfois lent.

Si vous avez vu le film et que vous l’avez trouvé décevant, la diffusion TV est l’occasion de lui donner une seconde chance, à distance de l’attente générée par la sélection cannoise. Benedetta est typiquement le genre de film qui gagne à être revu à tête reposée.

Pour les amateurs d’histoire du cinéma, Benedetta est aussi un objet de comparaison intéressant avec d’autres films sur les nonnes et la religion, comme La Religieuse de Jacques Rivette (1966), Black Narcissus de Michael Powell (1947), ou plus récemment Spencer de Pablo Larraín (2021).

Vos questions sur Benedetta

Benedetta Carlini a-t-elle vraiment existé ?

Oui, Benedetta Carlini (1590-1661) est une religieuse italienne historique, née à Vellano en Toscane, entrée au couvent des Théatines de Pescia à l’âge de neuf ans. Sa vie a fait l’objet d’un livre référence de l’historienne américaine Judith C. Brown, Sœur Benedetta, entre sainte et lesbienne (1986), que Verhoeven a adapté pour son film en prenant des libertés importantes avec la chronologie.

Pourquoi le film a-t-il été critiqué par la presse catholique ?

Le journal La Croix, en particulier, a reproché au film de ridiculiser l’Église catholique et de désacraliser les figures mystiques. Le film montre en effet une nonne dont la foi sincère ne peut pas être distinguée de la manipulation, et propose une satire féroce de l’institution ecclésiale du XVIIe siècle. Verhoeven assume totalement cette critique, qui est précisément le sujet du film.

Le film est-il fidèle au livre de Judith C. Brown ?

Partiellement. Le film conserve le cadre historique (Toscane, XVIIe siècle, peste, couvent de Pescia) et la trame principale (la relation lesbienne, les stigmates, le procès). Mais Verhoeven et son coscénariste David Birke ont pris des libertés importantes : ils ont inventé le climax du film pour des raisons dramatiques, et ont simplifié certains aspects de l’histoire réelle qui auraient nécessité de longues explications contextuelles.

Que s’est-il passé dans la réalité pour Benedetta Carlini ?

Contrairement à ce que montre le film, Benedetta Carlini n’a pas été condamnée à mort sur le bûcher. Elle a été condamnée à l’enfermement à vie dans une cellule du couvent, sans droit de parler à quiconque à part ses gardiennes, et réduite plusieurs fois par semaine au pain et à l’eau. Elle a vécu ainsi pendant 35 ans, jusqu’à sa mort en 1661. Le film indique ce sort dans un carton final, mais insiste sur la dimension spirituelle et politique de son enfermement.

Y a-t-il une scène post-générique à voir ?

Non, mais il faut rester jusqu’au bout du générique de fin pour lire le carton explicatif sur le sort réel de Benedetta Carlini. Ce carton est essentiel pour comprendre la portée historique du film, et ne pas se limiter à la version romancée de Verhoeven.

Le film est-il disponible en streaming ?

Oui, Benedetta est disponible en streaming sur Arte.tv jusqu’à plusieurs mois après sa diffusion TV. Le film est également sorti en DVD et Blu-ray, et reste disponible sur la plupart des plateformes payantes à la location ou à l’achat. La diffusion TV du 21 juin 2026 sur Arte à 23:40 reste la meilleure occasion de le voir gratuitement.

Laura Jung

Laura Jung

Rédactrice cinéma

Diplômée d’une licence en études cinématographiques à Strasbourg, Laura Jung analyse depuis sept ans les fins de films et les coulisses de production. Elle a signé plus de 400 analyses pour GTLF.fr et plusieurs magazines francophones.

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