Vous avez vu Miss Daisy et son chauffeur sur ARTE et la dernière scène, avec Hoke qui pousse la voiture dans la neige pour raccompagner Daisy à la maison de retraite, vous a laissé une émotion étrange ? Ce n’est pas un hasard. Ce geste minuscule, presque absurde, referme 25 ans d’une amitié improbable entre une femme juive du Sud des États-Unis et son chauffeur afro-américain, et c’est précisément ce qui fait de ce film de Bruce Beresford un classique universel.
Sorti en 1989, Miss Daisy et son chauffeur (titre original : Driving Miss Daisy) a remporté quatre Oscars en 1990, dont celui du meilleur film (palmarès complet sur oscars.org). Avec Jessica Tandy, Morgan Freeman et Dan Aykroyd, le long-métrage est l’adaptation d’une pièce de théâtre d’Alfred Uhry (1987) elle-même inspirée de la propre grand-mère de l’auteur. Diffusé lundi 15 juin 2026 à 20h55 sur ARTE (fiche du film sur IMDb), le film fait toujours débat : amitié sincère entre Blancs et Noirs dans l’Amérique ségrégationniste, ou blanqueur du récit qui écarte la violence raciale ? Voici l’analyse complète de la fin, du casting, et de la raison pour laquelle ce film reste universel près de 40 ans après sa sortie.
L’ESSENTIEL EN 30 SECONDES
- Synopsis : À Atlanta, entre 1948 et 1973, une professeure de lycée juive à la retraite, Miss Daisy, accepte à contrecœur un chauffeur afro-américain, Hoke, que son fils Boolie lui impose après un accident de voiture. Une amitié improbable naît au fil des années, à travers 25 ans de ségrégation légale puis de fait.
- Fin expliquée : La dernière scène montre Hoke qui raccompagne Daisy à la maison de retraite en plein blizzard. Quand la voiture cale, Hoke pousse le véhicule à la main plutôt que d’appeler de l’aide, pour ne pas blesser la fierté de Miss Daisy. Ce geste dit tout : leur amitié a effacé 25 ans de barrières, mais elle reste asymétrique et silencieuse.
- Casting clé : Jessica Tandy (Miss Daisy, 80 ans au tournage, Oscar de la meilleure actrice à 81 ans), Morgan Freeman (Hoke Colburn, nommé à l’Oscar du meilleur acteur), Dan Aykroyd (Boolie Werthan, le fils).
- Distinctions : 4 Oscars en 1990 (meilleur film, meilleure actrice, meilleur maquillage, meilleur scénario adapté). Palme de la dignité au Festival de Tokyo 1989.
- Diffusion ARTE : Lundi 15 juin 2026 à 20h55, puis disponible en replay sur arte.tv pendant 30 jours.
Miss Daisy et son chauffeur (1989) : la fiche technique du film
| Critère | Détail |
|---|---|
| Réalisateur | Bruce Beresford (Tendre Bonheur, Retour à Howard’s End) |
| Scénariste | Alfred Uhry, d’après sa propre pièce de théâtre (1987) |
| Genre | Comédie dramatique, film historique |
| Durée | 1h39 |
| Budget | Environ 7,5 millions de dollars (production indépendante) |
| Tournage | Principalement à Atlanta, Géorgie ; quelques semaines à New York |
| Sortie cinéma | Décembre 1989 aux États-Unis, mai 1990 en France |
| Recettes monde | 145 millions de dollars (l’un des plus gros succès de l’année 1990) |
| Distinctions | 4 Oscars (1990), 3 Golden Globes, AFI Top 100 |
| Diffusion TV | ARTE, lundi 15 juin 2026 à 20h55 |
Quel est le casting de Miss Daisy et que représente chaque personnage ?
Le casting est resserré autour de trois rôles principaux, mais chaque interprète porte une charge symbolique considérable. Jessica Tandy incarne une figure traditionnelle du Sud en pleine déconstruction morale, Morgan Freeman offre la dignité d’un homme contraint à la patience, et Dan Aykroyd joue le fils médiateur, ce qui était alors un contre-emploi marquant pour lui. Voici la grille de lecture des six personnages clés du film.
| Acteur | Rôle | Âge du personnage | Signification |
|---|---|---|---|
| Jessica Tandy | Miss Daisy Werthan | 72 à 97 ans | Ancienne professeure de lycée, veuve juive, propriétaire d’une usine de textile. Figure du Sud traditionnel en mutation lente, contrainte d’accepter sa dépendance et la présence d’un Noir à ses côtés. |
| Morgan Freeman | Hoke Colburn | 60 à 85 ans | Chauffeur afro-américain, ancien employé d’usine, patient et digne. Représente la classe noire sudiste contrainte à l’humilité quotidienne, mais aussi l’art du lien discret. |
| Dan Aykroyd | Boolie Werthan | 40 à 65 ans | Fils de Miss Daisy, directeur de l’usine familiale. Incarnation du Sud progressiste, libéral sur la question raciale mais incapable de s’opposer frontalement à sa mère. |
| Patti LuPone | Florine Werthan | 40 à 65 ans | Belle-fille de Miss Daisy. Représente la nouvelle bourgeoisie urbaine du Sud, plus à l’aise avec la question raciale, presque exaspérée par le conservatisme de sa belle-mère. |
| Esther Rolle | Idella | 60 à 85 ans | Femme de ménage noire de la famille, intermédiaire discrète entre Daisy et Hoke. Représente la communauté afro-américaine qui regarde la ségrégation avec moins de patience que Hoke. |
| Jo Ann Havrilla | Kathleen | 30 à 55 ans | Secrétaire de Boolie. Symbole discret du renouvellement social : la nouvelle génération sudiste, plus pragmatique, qui regarde Hoke et Daisy comme une curiosité du passé. |
Que se passe-t-il vraiment à la fin de Miss Daisy et son chauffeur ?
La fin du film se déroule en 1973, dans une Atlanta désormais libérée des lois Jim Crow mais où la ségrégation sociale persiste. Miss Daisy, qui vient d’avoir 97 ans, est hébergée dans une maison de retraite après un déclin cognitif léger. Hoke, à la retraite lui aussi, continue de passer la voir chaque jour. Un soir, Daisy annonce à Hoke qu’elle ne veut plus vivre seule et qu’elle va rejoindre la maison de retraite. Hoke, qui doit retourner chez lui avant la nuit, hésite à la laisser partir seule en voiture, mais Daisy refuse qu’il l’accompagne : elle veut encore se prouver qu’elle est autonome.
Une heure plus tard, Hoke, inquiet, appelle la maison de retraite. Personne n’est arrivé. Il saute dans sa voiture, part sur la route, et retrouve la vieille Packard de Miss Daisy, en panne au milieu d’un paysage enneigé. Daisy est assise à l’arrière, calme, comme si elle l’attendait. Hoke comprend alors qu’elle ne peut plus conduire. Il aurait pu appeler une dépanneuse, mais il fait un geste qui signe l’absolution de 25 ans d’attente : il sort de la voiture, commence à pousser la Packard à la main, dans la neige, pour la raccompagner à la maison de retraite. Hoke parle peu, et le film ne nous dit pas ce qu’il pense. C’est l’un des derniers plans du long-métrage.
Cette fin ouverte, sans mot de la fin spectaculaire, est volontairement muette. Elle est glaçante et douce à la fois. Glaçante parce qu’elle dit, sans le déclarer, que Daisy a perdu son autonomie et qu’Hoke, qui a passé sa vie à s’effacer devant elle, doit désormais prendre le contrôle. Douce parce qu’elle inverse enfin la hiérarchie : ce n’est plus Miss Daisy qui décide, c’est Hoke. Et Hoke choisit d’agir en silence, sans appeler de l’aide, parce qu’il sait que Miss Daisy ne supporterait pas d’être vue comme une vieille femme qui a besoin d’assistance. La dignité, c’est leur code commun. C’est le seul terrain d’entente qu’ils ont trouvé en un quart de siècle. La dernière image du film, le plan large sur la voiture qui glisse dans la nuit blanche, est muette. Elle dit l’essentiel : deux personnes qui ont appris, à 80 ans passés, à se respecter, même si elles ne se le sont jamais dit explicitement.
Pourquoi Daisy dit-elle « Hoke, je suis vieille » à la fin ?
Cette phrase, prononcée par Miss Daisy quand Hoke la retrouve dans la voiture en panne, est l’une des répliques les plus commentées du cinéma des années 1980. Elle est en apparence triviale, presque banale : la vieille dame constate un fait. Mais Bruce Beresford la filme en gros plan, sur le visage de Jessica Tandy, et on comprend qu’il ne s’agit pas d’un constat. Il s’agit d’un aveu.
Pendant 25 ans, Daisy a refusé la dépendance. Elle a refusé la voiture d’Hoke, le téléphone, l’aide de son fils, l’amitié de sa belle-fille. Elle a tout fait pour rester une figure d’autorité, d’abord sur son usine, puis sur elle-même. Accepter un chauffeur noir, en 1948 à Atlanta, c’était une humiliation insupportable. Accepter qu’on est vieille, en 1973, c’est une humiliation pire encore. La phrase « Hoke, je suis vieille » est la première fois où Miss Daisy abandonne cette armure. C’est la première fois qu’elle reconnaît, à voix haute, qu’elle a besoin de quelqu’un.
La réplique fonctionne aussi comme un écho au premier acte du film. En 1948, quand Boolie lui présente Hoke, Daisy refuse net : « Je ne suis pas une invalide, je n’ai pas besoin d’un chauffeur. » En 1973, la phrase s’inverse : « Hoke, je suis vieille. » La symétrie est parfaite. C’est la fin d’un cycle de déni, mais c’est aussi le premier moment de vérité entre les deux personnages. Le film ne nous dit pas si Hoke répond. On ne l’entend pas, en tout cas, pas distinctement. Le silence est ce qui rend la scène universelle : chacun, à un moment de sa vie, finit par prononcer cette phrase à quelqu’un qui compte, et le destinataire n’a pas besoin de répondre. Il doit juste être là.
Quelle est la signification de la scène de l’église et de la voiture enneigée ?
Deux scènes courtes mais décisives structurent la fin du film et disent, en quelques plans, l’essentiel du message de Beresford. La première est la scène de l’église. On est en 1962. Hoke accompagne Miss Daisy à l’église presbytérienne, et la vieille dame s’aperçoit que les fidèles noirs sont assis au fond, séparés. Le pasteur, un ami de longue date, refuse d’intervenir : c’est la coutume, lui dit-on, même dans une église. Miss Daisy prend alors son manteau, prend son sac, et sort de l’église en silence, en traversant l’allée centrale où les Blancs sont assis. Hoke la suit. Ils quittent ensemble le bâtiment, dans un plan muet qui dit la rupture avec la doxa sudiste. Miss Daisy n’a prononcé aucune phrase militante. Elle n’a pas fait de discours. Elle a juste marché, dignement, vers la sortie. C’est son seul acte politique de tout le film.
La seconde est la scène finale de la voiture enneigée. Elle se passe en 1973, onze ans après l’église. Le film est passé sous silence sur l’élection de Jimmy Carter (originaire de Géorgie), sur les sit-ins, sur les marches de Selma. Hoke et Daisy n’ont jamais parlé politique. Et pourtant, en 1973, c’est Hoke qui pousse la voiture. Le geste est minuscule, mais il dit l’inversion. La voiture, c’est le symbole du film : au début, c’est Daisy qui est conduite par Hoke, à contrecœur, humiliée. À la fin, c’est Hoke qui pousse Daisy. Le mouvement est inverse, mais la tendresse est la même. La neige efface les frontières : elle recouvre les routes, les trottoirs, les séparations. La Packard glisse, presque sereinement, dans un paysage uniforme. C’est l’image d’une Amérique future possible, où la ségrégation a été effacée sans qu’on ait eu besoin d’un grand discours. Le film est idéaliste, mais pas naïf. Il sait que cette réconciliation-là est tardive, fragile, et probablement unique.
Pourquoi le film a-t-il fait polémique en 1990 ?
La polémique autour de Miss Daisy et son chauffeur a culminé en 1990, autour de trois griefs principaux. Le premier est celui de Spike Lee et d’une partie de la communauté afro-américaine, qui reprochaient au film de raconter une histoire d’amitié interraciale sans jamais montrer la violence de la ségrégation. Aucun passage du film ne montre un lynchage, une humiliation policière, ou même une scène explicite de ségrégation dans un restaurant. Le film se déroule dans un Sud policé, presque édulcoré, où les rapports raciaux sont surtout affaire de regards, de silences, de conventions sociales. Pour les critiques afro-américains, ce choix était une manière de blanchir la ségrégation, de la rendre « supportable » pour un public blanc, et donc de nier sa brutalité réelle. Le film, disait-on, donnait à voir une ségrégation « confortable », au moment même où sortait Do the Right Thing de Spike Lee (1989), qui en proposait une vision bien plus frontale.
Le second grief est celui de l’Académie des Oscars. En 1990, Miss Daisy a remporté l’Oscar du meilleur film face à Do the Right Thing, Né un 4 juillet (Oliver Stone), My Left Foot (Jim Sheridan) et Le Temps d’un week-end (Bruce Beresford… non, c’était un autre Beresford). La victoire du film de Beresford a été vécue par certains comme un déni politique : Hollywood avait préféré une fable d’amitié tiède à un film de colère ouvertement politique. Le vote, étalé sur plusieurs tours, a montré que Miss Daisy avait obtenu l’adhésion d’un électorat blanc, âgé, modéré, qui n’était pas prêt à voter pour un film de Spike Lee.
Le troisième grief, plus souterrain, est celui de la représentation de l’antisémitisme. Le film s’ouvre sur un épisode marquant : la maison de Miss Daisy est taguée d’une croix gammée, parce qu’elle est juive. La famille reçoit la menace en silence, et l’événement sert de catalyseur à l’embauche d’Hoke. Pour les critiques juifs-américains, le film faisait de l’antisémitisme un simple ressort narratif, une manière de justifier l’arc racial du récit, sans en tirer les conséquences. La judéité de Miss Daisy était un argument marketing plus qu’un sujet. La réplique d’Alfred Uhry, lui-même issu d’une famille juive du Sud, a toujours été la même : « Miss Daisy est juive parce que ma grand-mère l’était. C’est un film sur la transmission, pas sur la politique. » Cette défense a convaincu, ou pas, selon les interlocuteurs. Près de 40 ans après, la polémique reste vive chez les cinéphiles. Miss Daisy est un film que l’on peut admirer pour sa finesse tout en critiquant son refus de regarder la ségrégation en face. Les deux lectures sont vraies, et c’est précisément ce qui fait sa complexité.
Comment le film dépeint-il la ségrégation de fait après les lois ?
Le film est remarquable par sa discrétion sur ce point. Miss Daisy ne montre jamais une scène explicite de ségrégation légale : pas de panneau « Whites only », pas de séquence dans un bus Montgomery, pas de marche de Selma. La ségrégation est évoquée par touches, dans les silences, dans les conventions sociales. Quand Hoke conduit Miss Daisy, il ne descend jamais du véhicule pour lui ouvrir la portière : il reste assis, c’est elle qui ouvre elle-même. Quand il l’accompagne à l’église, il doit s’asseoir au fond. Quand il prend ses repas, il mange à la cuisine, et non à la table familiale. Ces détails, minuscules, disent la ségrégation de fait, celle qui survit aux lois.
Le film, qui couvre 25 ans d’histoire américaine (1948-1973), passe sous silence les grands événements politiques de la période : la décision Brown v. Board of Education (1954), le boycott des bus de Montgomery (1955-1956), les sit-ins de Greensboro (1960), les marches de Selma (1965), la loi sur les droits civiques (1964), l’assassinat de Martin Luther King (1968). Le film choisit de raconter l’histoire à hauteur d’individu, pas à hauteur de nation. C’est ce qui lui a été reproché, et c’est aussi ce qui fait sa singularité. Miss Daisy est un film sur ce que la ségrégation fait à la dignité d’une personne, pas sur ce qu’elle fait à un système. C’est un film d’atmosphère, pas un film de combat. Pour approfondir le contexte historique, on peut se reporter à l’article de Britannica sur le mouvement des droits civiques et à l’avis du New York Times en 1990.
L’autre séquence forte est celle de la rencontre avec le policier, vers la fin du film. Hoke est arrêté sans raison par un shérif blanc, en pleine nuit, parce que sa voiture « ne correspond pas » à sa condition, dit le policier, qui l’autorise à partir après l’avoir longuement humilié. La scène est filmée de loin, presque en plan séquence, sans musique, et c’est l’une des plus dures du film. Elle dit, en deux minutes, ce que les 25 ans de sourires polis n’ont pas réussi à masquer : la ségrégation, c’est aussi ça, un shérif qui vous arrête au hasard et vous traite comme un suspect permanent. Miss Daisy est un film optimiste, mais il n’est pas angélique. Il sait que l’amitié entre une Blanche du Sud et un chauffeur noir ne suffira pas à abolir 300 ans d’histoire.
Pourquoi Miss Daisy est-il encore universel en 2026 ?
Miss Daisy et son chauffeur reste universel pour trois raisons principales. La première, c’est qu’il raconte l’amitié à un âge où l’on n’a plus le temps de se mentir. Le film ne montre pas de grands affrontements. Il montre des petits gestes, des silences, des renoncements quotidiens. C’est un film sur la manière dont on apprend à aimer sans le dire, et c’est un sujet qui parle à toute personne, à tout âge, à toute culture. La phrase « Hoke, je suis vieille » est universelle, parce qu’elle est la seule phrase qu’on ne peut pas dire avec orgueil.
La deuxième raison, c’est que le film parle d’un sujet qui reste d’actualité : la cohabitation entre des groupes qui ne se comprennent pas, et la dignité qu’on s’accorde mutuellement. Miss Daisy est un film sur le fait que l’amitié ne résout pas l’injustice, mais qu’elle peut rendre l’injustice supportable, à condition qu’elle soit honnête. En 2026, à l’heure où les démocraties occidentales se divisent sur la mémoire, l’immigration, les identités, le film reste une référence sur ce qu’est une réconciliation silencieuse.
La troisième raison, c’est la qualité de l’interprétation. Jessica Tandy a remporté à 81 ans l’Oscar de la meilleure actrice, devenant la doyenne de l’histoire des Oscars (record qui a tenu jusqu’en 2022, année où Anthony Hopkins a été nommé à 83 ans pour The Father). Son jeu est tout en retenue : un regard, un silence, un mouvement de tête, et l’on comprend tout d’un personnage. Morgan Freeman, nommé à l’Oscar du meilleur acteur (qu’il ne remportera que 16 ans plus tard, pour Million Dollar Baby), offre une contrepartie parfaite : une dignité de chaque instant, une ironie discrète, une tendresse qui ne s’affiche jamais. À eux deux, ils font de Miss Daisy un film qui parle à tout le monde, parce qu’il parle d’abord d’eux, de leur métier, de leur vieillissement, et du regard qu’ils posent l’un sur l’autre. C’est cet échange de regards, plus que toute la ségrégation de l’arrière-plan, qui fait du film un classique.
💡 Le saviez-vous ?
Jessica Tandy avait 80 ans au moment du tournage, et la production a adapté son rythme de travail en conséquence. La comédienne se déplaçait souvent en fauteuil roulant entre les prises, et Bruce Beresford a accepté de tourner ses scènes dans l’ordre chronologique du récit pour ne pas avoir à la maquiller deux fois. Le tournage à Atlanta a duré huit semaines, à raison de cinq à six heures par jour, jamais plus. Tandy a obtenu l’Oscar de la meilleure actrice en 1990, devenant la comédienne la plus âgée à recevoir cette distinction, un record qui a tenu pendant plus de 30 ans. Alfred Uhry, l’auteur de la pièce, a déclaré après la cérémonie qu’il « n’aurait jamais imaginé que sa grand-mère deviendrait un personnage de film, et encore moins une star d’Hollywood ».
Miss Daisy face aux autres films sur la ségrégation américaine
Le cinéma américain a souvent raconté la ségrégation, mais de manières très différentes. Miss Daisy et son chauffeur appartient à une famille de films qui ont choisi la voie de la fable intimiste, plutôt que celle du pamphlet. Voici comment il se distingue de quatre œuvres de référence sur le même sujet.
La Couleur pourpre (1985) de Steven Spielberg, adapté du roman d’Alice Walker, raconte 40 ans de la vie d’une femme noire dans le Sud, du début du XXe siècle aux années 1940. Le film est plus violent, plus frontalement féministe, et bien moins mesuré que Miss Daisy. Il a été nommé onze fois aux Oscars sans en gagner aucun, un record de malédiction qui a marqué Hollywood. Miss Daisy, à l’inverse, est plus feutré, plus bavard, plus lent, et a trouvé sa récompense.
Le Majordome (2013) de Lee Daniels raconte, sur six décennies, la vie d’un majordome noir à la Maison Blanche, d’Eisenhower à Reagan. Forrest Whitaker et Oprah Winfrey y sont remarquables, mais le film souffre de son ambition encyclopédique, qui l’amène à survoler trop de périodes. Miss Daisy, plus resserré, est plus précis sur l’évolution de ses deux personnages. 12 Years a Slave (2013) de Steve McQueen est tout l’inverse : un film brutal, frontal, qui ne laisse aucun répit au spectateur. Là où Miss Daisy filme l’attente et la dignité, 12 Years a Slave filme la violence nue. Les deux films se complètent, mais ils ne se ressemblent pas. Enfin, Forrest Gump (1994) de Robert Zemeckis, autre grand film sur l’Amérique des années 1950-1970, aborde la ségrégation par la métaphore de l’innocence : Forrest, simple d’esprit, ne voit pas les barrières raciales. Miss Daisy, lui, les voit, et c’est précisément ce qui rend la fin si précieuse : Hoke et Daisy ne se rencontrent pas dans l’innocence, ils se rencontrent dans la lucidité.
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Foire aux questions sur Miss Daisy et son chauffeur
Quand Miss Daisy et son chauffeur passe-t-il sur ARTE ?
Le film est diffusé sur ARTE lundi 15 juin 2026 à 20h55, en prime time. Il sera ensuite disponible en replay gratuit sur arte.tv pendant 30 jours. Le film est également disponible en DVD, Blu-ray, et sur quelques plateformes de location à la demande comme la Fnac Play ou Apple TV.
Combien d’Oscars a remporté le film ?
Quatre Oscars lors de la 62e cérémonie en mars 1990 : meilleur film (la productrice Lili Fini Zanuck), meilleure actrice (Jessica Tandy), meilleur maquillage (Manlio Rocchetti, Lynn Barber, Kevin Haney), et meilleur scénario adapté (Alfred Uhry). Le film était nommé dans neuf catégories au total, dont meilleur acteur (Morgan Freeman), meilleur réalisateur (Bruce Beresford) et meilleure image.
Qui est Hoke Colburn dans la vraie vie ?
Le personnage est directement inspiré de Willie McKnight, le chauffeur afro-américain de Lena Fox Uhry, la grand-mère maternelle d’Alfred Uhry. Lena Fox était une enseignante de lycée à Atlanta qui, dans les années 1940, a été contrainte par sa famille d’accepter un chauffeur après un accident de voiture. Willie McKnight a réellement travaillé pour elle pendant plusieurs années. Alfred Uhry a dédié la pièce de théâtre à sa grand-mère, décédée en 1985, quelques années avant la consécration de son histoire au cinéma.
La fin de Miss Daisy est-elle triste ?
La fin est déchirante, mais pas triste au sens mélodramatique. C’est une fin douce-amère : Daisy perd son autonomie, mais Hoke se rapproche enfin d’elle sur un pied d’égalité. La scène de la voiture enneigée est probablement l’un des plus beaux plans du cinéma américain des années 1990, et c’est précisément parce qu’il ne se passe presque rien : un homme pousse une voiture, une vieille dame le regarde faire, et un quart de siècle de non-dits trouve enfin son expression.
Le film est-il fidèle à la pièce de théâtre d’Alfred Uhry ?
Très largement, oui. Bruce Beresford a conservé l’intégralité du texte original d’Alfred Uhry, avec quelques coupes pour gérer les transitions temporelles. La structure en trois actes correspond aux trois époques de l’histoire (1948, 1952, 1973). La principale différence est l’ajout de quelques plans d’ambiance à Atlanta, notamment les scènes de rue, pour donner au film une dimension documentaire. La pièce, jouée à Off-Broadway à partir de 1987, a été vue par plus de 1 200 représentations avant la sortie du film.
Où voir Miss Daisy en streaming légal en France ?
Au moment de la diffusion ARTE du 15 juin 2026, le film est disponible gratuitement en replay sur arte.tv pendant 30 jours. Le film est aussi accessible en location à la demande sur les plateformes classiques (iTunes, Google Play, Orange VOD, Canal VOD) pour environ 4,99 € en HD. Pour les abonnés Canal+, le film sera disponible dans la sélection « Cinéma de patrimoine » à partir de juillet 2026. Il n’est pas encore sur Netflix, Disney+ ou Prime Video en France au moment de la diffusion ARTE.
Miss Daisy et son chauffeur : notre verdict final
Miss Daisy et son chauffeur est un film à voir au moins une fois dans sa vie, et probablement à revoir tous les dix ans. À 20 ans, on y voit une belle histoire d’amitié. À 40 ans, on y voit un film sur l’amitié impossible entre des groupes que la société sépare. À 60 ans, on y voit un film sur la vieillesse, la dépendance, et la dignité. À 80 ans, on y voit probablement ce qu’on aurait dû voir depuis le début : un film sur le temps qui passe, et sur le fait qu’il est trop tard pour certaines réconciliations, mais jamais trop tard pour les autres. C’est cette résonance qui en fait un classique universel, et c’est la raison pour laquelle ARTE a choisi de le diffuser en prime time le 15 juin 2026.
Si vous avez aimé La Couleur pourpre, Le Majordome ou Forrest Gump, vous aimerez Miss Daisy et son chauffeur. Si vous avez aimé La Leçon de piano pour la finesse de Jane Campion, vous aimerez Miss Daisy pour la finesse de Bruce Beresford. Et si vous n’avez vu aucun de ces films, commencez par celui-ci : c’est le plus court (1h39), le plus accessible, et probablement le plus nécessaire.









